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[mercredi 06 septembre 2006 à 07:56:01] Lu 395372 fois (389210 by )
BLOG /
Blogs : des problèmes de crédibilité de plus en plus évidents et alarmants

Quand sonne le glas pour les forums et les blogs... ou en route vers le Blog v2.0

Quelques temps après l'essor des blogs et plus récemment encore lorsque le statut du bloggeur a été comparé à celui des journalistes, je m'étais interrogé sur les dérives possibles des blogs les plus influents (Loïc LeMeur, Monputeaux.com,...) Les présidentielles approchants à grand pas, on a vu l'apparition d'un fait inconnu jusqu'à présent : certains bloggeurs sont désormais invités lors de meeting politique. Après l'engagement des artistes ou intellectuels, c'est au tour des incontournables du net d'être convoités. N'est-ce pas là les prémices de futures polémiques sur l'éthique éditoriale et la fin probable d'une certaine l'insouciance ?


L'internet, est-t'il un support d'expression fiable ?

Lorsqu'on a comme moi mis en place ou détourné des buzz sur la toile, on sait depuis longtemps que la blogosphère est un terrain de prédilection pour diffuser des infos, rumeurs, ou encore divulguer des informations stratégiques. Rapidement et presque sans budget, il est très facile d'orchestrer une campagne de promotion ou de communication. Il suffit de savoir où frapper et comment faire prendre la sauce. Tout est une histoire de méthode. A partir de ce constat et après l'avoir éprouvé maintes et maintes fois, on se met peu à peu à douter de l'intégrité de certains articles ou échanges écrits ou du moins à les aborder avec beaucoup moins de naïveté. Cette attitude de méfiance n'est pas de la paranoïa mais plutôt un signe de lucidité aiguisé par mon expérience professionnelle. Il faut être conscient que certains échanges entre des internautes à la suite d'un ticket ou bien d'un simple sujet posté sur un forum (voir mon article sur spamposting) sont susceptibles d'avoir été manipulés ou faussés. Nous avions jusqu'à présent davantage tenu compte des Trolls, ces personnes qui ont pour habitude de destabiliser des échanges entre internautes dans le seul but de générer un climat tendu et d'atteindre le dérapage verbal. Mais ils sont facilement identifiables et la communauté internet arrive très vite à les détecter et à les écarter. Du moins temporairement. Mais rien n'empêche jusqu'à présent une récidive car les trolls restent très souvent anonymes et le banissement définitif par l'identification de leur IP n'est toujours pas une solution fiable d'autant plus si celui-ci possède une connexion dynamique. De plus, juridiquement, aucun moyen n'existe pour se protéger de tels actes de sabotage à l'exception de dérapages lourds qui tombent sous le coup de certains articles de loi (diffamation, actes de vandalisme caractérisés, piratage, appel à la haine raciale,...).


Plus que tout, c'est un problème d'éthique.

A cela vient s'ajouter un autre problème : bien souvent, de nombreux bloggeurs ou responsable de sites éditoriaux ne vérifient pas l'origine ni la crédibilité de leur contenu et ne se contentent que de dupliquer quelques infos piochés çà et là sur la toile ou bien de colporter des rumeurs (hoax). Ce phénomène de vérification et d'identification de la source d'une information a toujours existé avec, au départ, les mails. Les hoax ou mails bidons ont été bien souvent propagés grâce aux virus ou par le biais de listes de diffusion et aujourd'hui encore il est presque impossible d'y échapper. Qui ne se rappelle pas du fameux jeune africain, fils de bonne famille, touchant un héritage collosal, vous demandant de l'aide pour récupérer son dû en vous promettant au passage une petite commissionde plusieurs millions... etc. Evidemment la personne en question n'existe pas. Combien de fois avons-nous reçu un faux message d'une société ou association nous demandant de transmettre notre mail à 10 autres dans le but de créer une touchante et hypothétique chaîne de l'espoir ? Combien de fois avons-nous été submergés de mails de prospection pour des produits douteux d'une boite email inconnue avec bien sûr l'incapacité de se déshabonner ?? Dans tous les cas, l'origine du message était quasi-identifiable. Puis la contamination a gagné les forums et plus récemment les blogs. Mais là, la méthode est plus perverse car bien souvent, c'est la notoriété de l'auteur du web qui donne du crédit aux articles qui rapporte. Comme elle est généralement proportionnelle au nombre de visites qu'il génère, les échanges entre internautes touchent donc une plus large audience. Dans ce cas, il est stratégiquement intéressant pour une personne malintentionnée de se mêler à ce fil de discussion et de s'insérer dans les échanges en se faisant passer à chaque fois pour des personnes différentes afin de ne pas éveiller les soupçons. Adroitement ou pas, il devient alors possible de polluer ou détourner un sujet et de manipuler ainsi les lecteurs. Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres de ce qui se passe régulièrement dans l'univers de la toile, et non de la simple spéculation.

On néglige trop souvent le rôle du responsable d'un blog ou d'un forum et pourtant, il n'est plus que jamais au centre de cette préoccupation. L'accroissement et même la facilité à usurper l'identité de n'importe quelle personne est devenue franchement inquiétante. Cela remet en cause la crédibilité du contenu des principaux lieux d'échange sur le net et des articles qu'on peut trouver çà et là. Pire encore, les conséquences de tels actes peuvent être catastrophiques pour l'image de l'auteur présumé et même destructrices pour l'ensemble des responsables.

Tout dernièrement, je me suis glissé au travers d'un échange débuté à la suite d'un ticket sur point-blog relatant les déboires entre christophe Grébert et la ville de Puteaux. Après avoir posté une première réaction et m'apercevant que les posts devenaient assez virulents entre le principal intéressé et plusieurs autres internautes (des anciens élus ou personnes plus ou moins anonymes mais connues de Christophe Grébert) , j'ai posé naïvement la question (sous le pseudo "Dominik") : "QUEL CREDIT APPORTER A CES ECHANGES EN L'ABSENCE DE PREUVE DE VOS IDENTITES RESPECTIVES ?". J'évoquais le fait que sous chaque pseudo pouvait se cacher n'importe qui. Et là, tout est partie en carafe. Le but n'était certainement pas d'envenimer davantage le débat - déjà explosif - mais bel et bien de réclamer une authentification franche des internautes. Cela est d'autant plus légitime pour le lecteur lorsque le sujet dérive sur des propos ou accusations graves et que vous souhaitez, sereinement, vous faire votre propre opinion voire participer à la discussion. Je me voyais mal m'engager dans un dialogue sans être certains de l'identité de mes interlocuteurs. C'est comme si vous assistiez ou participiez à une émission télé et que tous les intéressés vous répondent avec pour seule apparence une silhouette et une voix trafiquée mais qu'on vous certifie que c'est bien monsieur X et madame Y qui se cache derrière... au bout d'un moment, vous êtes en mesure de vous demander s'il n'y a pas tromperie.
Pour rappel, Christophe Grébert avait lui même été jugé responsable pour avoir laisser paraître la réponse d'une élue (Joelle Ceccaldi) alors que celle-ci niait farouchement l'avoir écrite. Selon elle, un internaute aurait pris son nom comme pseudo (usurpation d'identité). On voit bien ici que n'importe qui peut prétendre n'importe quoi puisqu'il est actuellement impossible à Grebert comme à d'autres d'ailleurs d'authentifier formellement l'auteur d'une réponse.
Et c'est là qu'on touche un des gros maillons faibles de l'internet actuel : l'identification des internautes est pour l'instant impossible ou du moins pas prise en compte sérieusement. C'est une erreur fondamentale alors que les blogs n'ont jamais été autant consultés et responsabilisés. Nous sommes à deux doigts de jeter le discrédit sur l'ensemble d'un système qui se targue pourtant d'être une espace de liberté d'expression et d'impartialité. Il faut donc être plus attentif que jamais à ce type d'incident. Pourquoi ? Car ce système d'échange, de dialogue, est peu à peu instrumentalisé par des professionnels (agence de communication/marketing ou entreprises en mal de retombées commerciales) ou bien par des idéologues (aux intentions par forcément saines), et que le réveil pourrait bien devenir brutal et dévastateur si d'un seul coup d'un seul le monde de l'internet devait être mélé à une affaire de manipulation organisée à l'échelle d'une nation ou plus encore. Qu'on ne se méprenne pas : le but n'est pas de réclamer que tout le monde soit traçable, mais au moins que ceux qui ont le courage de leurs opinions puissent afficher leur identité sans équivoque.


Une responsabilité accrue de la part des éditeurs web

A ces débuts, tant que la toile n'est restée qu'un terrain élitiste, la gestion d'un forum ou d'un site rédactionnel était des plus simples. Au fil du temps, la démocratisation du web à certes apporté un plus large public, mais elle a surtout contribué à élargir le profil des utilisateurs. Ils sont désormais de tous âges, de toutes catégories sociales professionnelles... et de toutes opinions et intentions, les meilleures comme les pires.

Wikipedia, la célèbre encyclopédie du monde libre, mis à mal par de nombreux internautes ("affaire Kennedy",...), est la représentation typique des limites que l'on peut donner à un système d'information ouvert et communautaire, où n'importe qui publie et modifie n'importe quoi tout en restant anonyme ou presque. Wikipedia se veut être une base de connaissance universelle. Mais avant tout, de nombreux malins ont vu dans cet outil un merveilleux moyen de communication et de référencement maléable à souhait. Tout dernièrement, des sociétés - à priori - voulant faire taire la concurrence modifiaient des articles en y insérant des propos calomnieux afin de jeter le discrédit... ou bien encore, certaines entreprises s'attribuent l'origine d'une terme afin de tromper les internautes et leur donner du crédit et de leur apporter des clients. La dérive est déjà actionnée. Wikipedia n'est plus une simple encyclopédie libre - quel beau rêve ! - mais est devenu plus banalement un outil de promotion.

Dans cette affaire et comme dans d'autres, c'est le responsable du web éditorial qui est mis en cause. Il doit exercer une rôle de modération qu'il fait valoir plus ou moins bien en fonction de son implication ou de son sérieux. Mais n'est-il pas forcé également d'en vérifier le contenu et donc de vérifier l'origine de toutes ces sources ? Il paraît donc évident qu'à terme cela passe non seulement par la relecture de la partie rédactionnelle et des responsabilités qui en découlent mais aussi et surtout par l'identification de l'auteur. N'oublions pas que tout organisme de presse est concerné par ce principe. C'est le rôle du responsable de publication et/ou du chef de la rédaction. Alors pourquoi pas appliquer la même règle pour les blogs alors que l'on considère aujourd'hui et plus que jamais leur contenu comme des éléments éditoriaux à part entière ?


Serait-ce la fin de l'anonymat et du n'importe quoi...

Le droit de réponse qu'offrent les blogs rend plus délicat la gestion éditoriale pour le webmaster. Il lui faut, pour décliner toute responsabilité identifier l'auteur d'une réponse. Wikipedia - pour ne citer que lui - l'a très bien compris. Pourtant des moyens d'authentification existent déjà pour les emails comme la signature électronique. ce système permet de garantir l'origine du message ce qui est déjà une grosse avancée et à permis, entre autre, de favoriser la dématérialisation des documents administratifs. Alors pourquoi ne pas songer à imposer la reconnaissance d'un interlocuteur ou d'un auteur quand cela est nécessaire et tout particulièrement sur les blogs, supports de prédilection de l'information ouverte. Tout simplement parce que ce phénomène s'amplifient trop vite et que les outils actuels n'ont toujours pas pris en compte ce paramètre. Même la plupart des responsables de blogs n'ont pas encore assimilé cette notion.
Ainsi vois-je donc de très mauvaise augure l'internetisation des actions politiques pour les prochaines présidentielles sans que soient prises par certains webmasters les précautions pour authentifier les écrits de tel ou telle personne. Ce vide "conceptuel" profite à ceux qui savent déjà bien exploiter le système. Mais peu à peu, l'internet est gagné par la gangrène et les modèles d'impartialité s'écroulent un à un. Il est probable que dans un avenir proche, nous soyons de plus en plus confrontés à ce problème. Il y a donc urgence à trouver des alternatives et que nous reprenions les commandes d'un système d'information démocratique avant que des solutions draconiennes ne soient prises par certaines institutions pour éviter les débordements et maîtriser un système qui échappe à tout le monde.
De quoi pourrions-nous avoir peur sinon d'être sujet à de la propagande(1) de masse et de ne plus être en mesure de faire la part du vrai et du faux.

Pour conclure, il est essentiel que vous vous posiez les questions suivante :
- aimeriez-vous que l'on se fasse passer pour vous et qu'on tienne des propos sur des forums ou blogs que vous n'auriez jamais tenus ?
- accepteriez-vous de lire des échanges sans être certain de l'identité de leurs auteurs ?

Il paraît inévitable à court terme que nous assistions à l'évolution du blog libre vers une alternative plus contrôlée, tout au moins pour ceux dont le contenu éditorial sera considéré comme sensible ou, plus simplement, s'ils souhaitent conserver un crédit auprès de son lectorat et partenaires. Alors que Renaud Donnedieu De Vabres avait relancé l'idée il y a quelques mois de remettre de l'ordre dans l'univers des blogs et forums sur le net, il est plus que jamais urgent de se préoccuper d'améliorer le système avant de les voir le faire à notre place. Quand on voit ce qui s'est passé dans le monde de la musique face aux droits d'auteur, on ne peut que s'en inquiéter.

Indubitablement, nous vivons probablement là les prémices d'un futur blog v2.0 !


Dominik Fusina

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(1) Propagande : Action systématique exercée sur l'opinion pour faire accepter certaines idées ou doctrines notamment dans le domaine politique ou social. (Selon "le Petit Larousse Illustré" ed.2006)



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Commentaires / Comments

1 - De "Christophe Grébert",  le jeudi 7 septembre 2006 à  10:29:32
Bonjour,
Pouvez vous corriger votre note, qui rapporte des faits inexacts. Vous écrivez :
"
(..) Christophe Grébert avait lui même été jugé responsable pour avoir laisser paraître la réponse d'une élue (Joelle Ceccaldi) alors que celle-ci niait farouchement l'avoir écrite. Selon elle, un internaute aurait pris son nom comme pseudo (usurpation d'identité) (..)".

Je n'ai jamais été jugé pour cela.

Un internaute a effectivement publié sur mon blog un commentaire en le signant faussement "joelle ceccaldi raynaud, votre maire". Le contenu du message ne laissait pas de doute : il s'agissait d'une blague grossiere. D'ailleurs, à la suite de ce commentaires, plusieurs autres internautes ont laissé des messages pour protester contre cette mauvaise blague, etant donné le contexte local tendu.

Dès que j'ai vu ce commentaire, quelques heures apres sa publication, je l'ai supprimé. Pour moi comme pour mes lecteurs, il n'y avait aucun doute : il s'agissait d'un faux message.

Mais durant ces quelques heures, le maire de Puteaux -qui a placé mon site sous surveillance etroite, semble t il- a eu le temps de faire faire un constat d'huissier, afin de porter plainte ensuite contre X pour "usurpation de fonction".

Je n'ai pas été jugé pour cette affaire. Et pour cause, je ne suis meme pas mis en examen ! A mon avis la plainte a été classée.


2 - De "Dominik (le webmaster)",  le jeudi 7 septembre 2006 à  10:56:19
Mr Grébert, bonjour,
dans la terminologie "jugé responsable", il faut comprendre "estimer", "considérer". Ce n'est pas un terme uniquement destiné à décrire un quelconque jugement qui a lieu dans un tribunal. Les internautes ont droit aussi à juger une personne ou un acte
Je JUGE que mon texte est donc correct.
Toutefois merci pour votre intervention qui - de votre point de vue - précise les faits.


3 - De "Tony",  le lundi 11 septembre 2006 à  20:24:29
pas d'accord, l'internet doit rester totalement libre, sans aucune restriction à cette liberté, à charge pour ceux qui veulent conserver de la crédibilité d'exercer une modération à priori et/ou posteriori sur leurs contenus.



4 - De "Arnaud",  le mercredi 20 septembre 2006 à  22:47:39
>Tony

Et qu'est-ce donc qu'une modération si ce n'est une certaine restriction à la liberté totale ?


5 - De "dominik (le Webmaster)",  le mercredi 20 septembre 2006 à  23:00:44
Et pour rajouter une couche par rapport à la remarque d'Arnaud : comment exercer une modération efficace et juste en ayant ne serait-ce qu'un seul doute sur l'identité d'un ou plusieurs intervenants ?



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