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[vendredi 10 novembre 2006 à 10:05:31] Lu 393239 fois (389464 by )
PERSO /
Notre famille est anormale !

Quand la normalité devient un signe de marginalité, y'a de quoi s'interroger...

Ce n'est pas nouveau, mais cela se confirme de jour en jour. Que je vous explique un peu. Truc banal, assez banal en l'occurrence : réunion entre la maîtresse (oups! "Professeur des écoles") de mon fils en CE1 et les parents, c-a-d nous, quoi.

On arrive, se présente, on engage le dialogue et on apprend que côté scolaire, tout va bien. Ses évaluations sont bonnes à part une petite faiblesse : en gros il fait preuve de trop de discrétion, ne demande pas d'aide et parfois donc, se rate. Non pas par manque de connaissance ou de capacité, mais parce qu'il va un peu trop vite en déduction et parfois, ben, s'il fait pas attention, il tombe à côté. Bref, rien de dramatique en soit. Juste un peu plus d'attention, de rigueur à l'avenir. Donc tout va bien. Enfin, presque...

En discutant et dérivant sur le sujet scolaire dans sa globalité (j'ai quand même 3 mômes ), on en vient à ré-entendre ce que l'on savait déjà. Pour faire court et ciblé - car le sujet est vaste - la journée de classe se déroule selon un principe classique et mathématique désormais : un professeur passe les 2 tiers de son temps à faire de l'encadrement et le reste, à enseigner. C'est pas une découverte, mais un constat accablant qui me pousse à m'interroger donc sur le comportement de mon enfant et de ceux des autres. J'apprend que dans sa classe, hétérogène bien sûr, une poignée de gamins sont incontrôlables et perturbent la classe. Le mot "perturbé" est en dessous de la réalité. C'est donc une petite minorité qui dicte et fait subir un ralentissement général. L'institutrice nous avoue son incapacité à maîtriser ces enfants (quels décrits comme étant des "sauvages") sachant que toutes tentatives pour les cadrer s'avèrent inefficaces. Même les parents ne s'en alarment pas... pour eux, c'est "normal".
Nous comprenons peu à peu, Nat et moi que la classe est divisée en plusieurs groupes, ce qui est logique, mais qu'hélas le découpage n'est pas celui que l'on croît : ceux qui sont dans la "normalité" sont marginalisés, mis à l'écart. Toute l'attention qui leur serait aussi nécessaire ne peut leur être apporté puisqu'un groupe d'énergumènes occupe essentiellement l'énergie d'une seule enseignante. Du coup, puisque quelques uns savent se débrouiller tout seul, on les délaisse un peu... pas beaucoup, mais suffsament pour les mettre finalement à l'écart. Ainsi une minorité perturbatrice fait la loi et pénalise les autres. C'est le régime de la terreur qui prédomine... C'est bien connu. Que pouvez-vous faire contre des gamins qui, par exemple dans la cour, font preuve de violences répétées sur leur camarade (je parle ici de "doigts ou bras cassés" délibérément, etc... d'actes de violences graves !), qui même à 7 ou 8 ans rient au nez de leur institutrice voire qui les agressent ? Que dire des parents qui se sentent soit-disant dépassés ou bien trouvent cela normal ("Vous savez madame, les enfants..." sous entendu que ce n'est pas grave... ce sont de simples chamailleries). Certains même insultent les profs ou parents en prétendant que leur môme n'y est pour rien. Franchement, personne n'ose prendre de sanctions à l'égard de qui que ce soit. On ne veut pas d'histoire... donc les plus "faibles" ou les plus "civilisés" se taisent et supportent. Mais à quel prix ! (*)


Je sais, tout cela n'est pas nouveau. Toutefois je ne peux qu'être interloqué par certaines réactions ou faits qui s'accumulent çà et là et me font cogiter. Lors de cette réunion de classe, je me suis rendu compte que les rôles étaient inversés. Oui, mon fils était anormalement calme ! Une perle... on s'en étonne... s'en inquièterait presque. Du moins, on nous le fait savoir, par petites remarques interposées. Cela me rappelle la réaction de notre boulangère un matin. On échange plus qu'à l'accoutumé quelques phrases, au delà du simple "bonjour... une baguette SVP". Et première chose qu'elle me dit : "Vous avez des enfants formidables !" Cela fait toujours plaisir à entendre... Et elle enchaîne "Et souriants, polis avec çà, gentils et serviables !" Elle semblait admirative. Moi je lui répond un peu embarrassé "Ben écoutez... merci. Mais vous savez, c'est normal non ?" Oulàlà ! Qu'avais-je dit là. "Non non! - me dit-elle, pas du tout ! Si vous saviez comme la majorité des gamins que je vois défiler sont des sauvages, qu'ils ne vous disent ni bonjour, ni merci, ni SVP, etc..." je m'étonne un peu. Mais elle insiste et m'en remet une couche. Finalement, du monde arrivant dans la boulangerie, j'étais partagé entre la fierté et l'embarras. Je me rendais compte que ce que je considérais chez mes enfants comme étant un comportement "normal", aux yeux des autres, ils étaient perçus comme des enfants "différents" à la limite même de la "marginalisation". En gros, à entendre cette dame, les anormaux, c'était finalement nous. Ce n'était pas dit comme une reproche. Non ce n'est pas çà. Mais le fait de faire tout un plat d'un comportement qui nous semble normal - la politesse, le respect - m'a laissé perplexe. D'une certaine manière, on s'en inquiète, on s'interroge : serions-nous sévères envers nos enfants ou est-ce que les gens nous voient ainsi ? On se culpabilise un peu, se demandant si finalement on n'est pas un peu trop décalé par rapport à la société qui nous entoure.


On en arrive à se dire, lorsqu'on met bout à bout diverses anecdotes ou remarques, que nous passons aux yeux des autres pour des extra-terrestres. Et que le critère de normalité, chez nous, est en total décalage. Il suffit de regarder la télé ou les faits de société pour comprendre que l'on met essentiellement en avant les comportements extrêmes à tel point que cela en devient banal. Je crois que je n'arriverai jamais à comprendre que l'on puisse accepter de faire une émission de TV sur des sujets où l'on voit des voisins ou des familles s'insulter, montrer une ambiance de haine, de violence, et où un médiateur - très médiatique - se permet de donner l'exemple, de montrer des évidences (on se calme, on n'insulte pas, on respecte son prochain, etc...). De manière générale les sujets de société abordés sont de plus en plus choquants. Je ne les regarde d'ailleurs pas par désintéressement - je ne conçois pas de vivre dans la haine ni dans une souffrance proche du sadomasochisme - et je n'arrive pas à comprendre comment des gens peuvent regarder de telles absurdités. Et puis j'ai pas vraiment le sentiment que cela aide qui que ce soit. Cela développe plutôt des instincts de voyeurisme, alimente les critiques acerbes, mais fondamentalement, je ne pense pas que cela révolutionne le comportement de certaines familles. Le mal est trop profond. Bref. Donc tout çà pour dire que ce sont les minorités perturbatrices qui font la loi... Je sors ma célèbre phrase : "On nivelle par le bas". D'ailleurs, de manière générale, on valorise ou plutôt on donne plus d'importance aux éléments négatifs qu'aux points positifs. Notre société a glissé peu à peu dans le côté obscur de la force.

L'usage de simples formules de politesse telles que "Bonjour Monsieur", "s'il vous plaît", "Merci", "au revoir Madame" n'est plus anodin... si si. Et c'est pourquoi je constate avec amertume et consternation que bien des choses se sont inversées en 20 ou 30 ans. Ce n'est pas de la nostalgie. Non. Seulement un constat qui lorsque on pousse l'analyse jusqu'au bout, me donne froid dans le dos.

Et dire que je pensais transmettre à mes enfants des valeurs normales de savoir-vivre en société... je me fais peur en me demandant si en quelque sorte je ne les condamne pas en les laissant démunis face à une société de plus en plus agressive, extrémiste et en manque de repère. C'est dingue d'en venir à se poser ce genre de question...






* petite anecdote parmi d'autres : il y a 3 semaines je prenais des photos d'un panneau d'affichage (4x3) en centre-ville. J'étais au bord d'un axe important, une 2x2 voie. Elle est limitée à 50km heure. En face de moi, je voyais un groupe d'enfants entre 9 et 11 ans revenant visiblement de l'école, devant un passage clouté, qui attendait patiemment qu'un véhicule leur cède le passage. Finalement, au bout de plusieurs minutes, un véhicule s'arrête. La femme au volant, voyant que le seul môme qui désirait traverser hésitait, klaxonne et lui fait signe de passer. L'enfant s'engage, commence à traverser, mais une voiture, située sur l'autre voie, freine au dernier moment, fiche un coup de patin, manquant de peu de l'écraser. Manifestement, le conducteur n'avait pas vu le gamin ; cependant, le fait qu'un autre véhicule soit stoppé à la hauteur d'un passage clouté aurait du l'interpeller. Il aurait du instinctivement lever le pied et donc s'arrêter, par prudence. Quoiqu'il en soit, ce n'est pas ceci qui m'a fait bondir, malgré les sueurs froides (je voyais déjà le môme sous les roues !), mais ce qui ce qui a suivi. Le conducteur, reprenant sa route, s'arrêta au niveau du gamin pour le sermonner. Hein ??? Alors là, mon sang n'a fait qu'un tour : parent de 3 enfants, je ne pouvais que prendre la défense d'un gamin qui avait - puisque j'avais assisté à la scène - pris toutes les précautions pour traverser sur un passage protégé. Etant loin, mon cri du coeur alors que je voyais la voiture s'éloigner fut de m'écrier "Espèce de connard !". C'est sur, cela manque d'élégance. mais que voulez-vous faire et dire alors que vous êtes à pied, avec 10 000 euros de matos photo, et que le gars s'éloigne en bagnole ? Apparemment, ma voix porte relativement bien ou le gars avait une excellente ouïe. Il freine d'un coup sec, laisse sa voiture en plan sur la voie du milieu (vous voyez donc le genre du mec .. hyper prudent... ), sors brutalement et accoure vers moi en brandissant le poing et en me bousculant... je vous passe les détails, mais j'ai failli me prendre un coup dans la tronche pour avoir pris la défense d'un gamin. Un des ses amis, présent avec lui dans la voiture, m'a heureusement protégé un peu. Les arguments du gars ? ben une évidence pour lui : que le gamin avait traversé DEVANT sa voiture qu'il était donc IMPRUDENT et qu'en repartant, il lui avait demandé simplement de faire attention à l'avenir ! Et donc que je l'avais insulté sans savoir ! (ha bon ???) Oui ! oui ! C'est bien cela... sauf que plusieurs trucs lui ont échappé tout de même à ce môssieur : il roulait visiblement trop vite, n'a pas marqué un arrêt devant un passage piéton sur lequel un enfant était engagé, et que de toute évidence il était en tort à 100%. Au mieux, un "excuse-moi petit, je ne t'avais pas vu" aurait permis de rassurer l'enfant et le conforter dans l'idée qu'il avait fait ce qu'il fallait... dans le cas présent, l'enfant était devenu le fautif, un adulte l'ayant pris pour cible et l'accusant d'une faute qu'il n'avait pas commise. J'ai eu beau tenter - en vain - de raisonner cette personne en lui expliquant que le jour où il aura écrabouillé un môme, il pourra toujours expliquer à la police ou aux parents qu'il n'y était pour rien... mais que la réalité sera bien plus cruelle : un môme aura peut-être perdu la vie à cause d'un chauffard.
La finalité de cette histoire : j'ai laissé tombé car le mec était devenu hystérique. Impossible de lui faire entendre raison... Et puis encore une fois, le régime de la terreur a fait son office. Il était si violent qu'après coup je me suis demandé ce que j'aurai fait s'il m'avait frappé, sorti une barre de fer ou pire encore. Tout cela pour avoir fait preuve de civisme. C'est con quand même...



Crédit photo : Dominik Fusina (via TINEPIX.COM) "Mon Fils, Jade"



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Commentaires / Comments

1 - De "DeusbanjO",  le vendredi 10 novembre 2006 à  14:38:17
Au secours...


2 - De "Arnaud",  le jeudi 16 novembre 2006 à  01:33:42
Dans un cas aussi extrème, pas de pitié : on relève le n° de plaque, et on écrit au proc !


3 - De "Dominik (le webmaster)",  le jeudi 16 novembre 2006 à  10:19:17
@Arnaud : oui, mais après, c'est ta parole contre la sienne... Et si son pote avait contredit mon témoignage en prenant sa défense, c'était perdu d'avance. Dans un cas comme celui ci, malgré quelques rares témoins présents sur les lieux, personne n'a bronché. La plupart des gens ne veulent pas avoir d'ennuis (type représailles), et tu te confrontes vite à une sorte d'amnésie générale...
non, sincèrement dans un cas comme celui-ci, t'es malheureusement seul.



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